Des drapeaux américains et britanniques, des pancartes pro-Trump, des membres de Patriot Prayer, des néo-nazis ukrainiens, Pepe la grenouille. Des choses étranges se trament à Hong Kong et les sources de financement du mouvement indépendantiste n’y sont surement pas pour rien.

Le 30 juin dernier, la Chine promulguait la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. Alors que la pandémie avait déjà affaibli le mouvement pro-démocratie et lui avait retiré de son importance médiatique, cette nouvelle loi a précipité la fin du soulèvement populaire et de la vaste majorité des partis politiques et organismes appelant à l’indépendance de Hong Kong.

Il faut préciser que ce décret ne criminalise pas de nouveaux comportements: le sécessionnisme, la subversion, le terrorisme et la collusion avec des entités étrangères étant déjà criminelles selon la Loi fondamentale de Hong Kong, adoptée en 1990 et effective depuis 1997. Cependant, il permet au gouvernement chinois d’établir une agence de sécurité à Hong Kong qui ne dépend que du gouvernement central et de juger directement en Chine continentale celleux qui seraient accusé.e.s de ces crimes. Les manifestations en 2019 avaient justement été causées par un projet de loi, maintenant avorté, qui aurait permis l’extradition en Chine de personnes étant accusées de certains crimes jugés plus graves.

En réponse à cette nouvelle loi, plusieurs organisateurs.trices du camp pro-démocratie ont dû dissoudre cet été leur organisation et cesser leurs activités, ou dans des cas plus sévères, plier bagage et émigrer dans des pays n’ayant pas un accord d’extradition avec Hong Kong, ceux-ci hébergeant déjà pour la plupart une importante diaspora hongkongaise. Cette diaspora, affligée par le sort qui est réservé à leur pays d’origine s’est vite pressée d’organiser des levées de fonds, manifestations et activités de sensibilisation et de lobbying pour forcer la main des dirigeant.e.s à agir contre la Chine.

Les Hongkongais.e.s se sont cependant trouvé des allié.e.s de circonstances plutôt étranges. Des conservateurs.trices anti-communistes du globe se sont rallié.e.s à leur cause, et la lutte pour l’indépendance d’Hong Kong est devenue marquée par les idées et les symboles de la droite à en croire les drapeaux américains et les slogans pro-Trump qu’on peut y apercevoir.

Stand with Hong Kong

Parmi les organisations de la diaspora participant au mouvement d’indépendance, Stand with Hong Kong (SWHK), sort de l’ordinaire. En 2019 seulement, elle a récolté une somme non négligeable de fonds, soit 2,2 millions de dollars américains, déclarée sur son site web. En parcourant son site, on trouve que pour une organisation ayant touché autant d’argent, les mécanismes de redevabilité sont peu nombreux, et les opérations de l’organisation sont plutôt opaques.

Alors que le site suggère automatiquement de se joindre au mouvement, aucun moyen concret de le faire n’est proposé. On se retrouve avec une liste de quelques points comme «demander au gouvernement de continuer à faire pression sur la Chine pour la libération de tous les prisonniers canadiens [en Chine]» sans trop préciser comment le faire ou à qui se joindre.

Lorsqu’on regarde plus loin, le site propose une liste de pays où iels sont actifs.ives, ainsi qu’une liste d’événements, maintenant  vide, pour chaque pays, de même qu’une liste d’organisations locales indépendantes de SWHK. Les pages pour les pays anglo-saxons proposent toutes un seul et même lien vers la page Facebook de l’organisation pour voir les événements «locaux». Étrangement, ce même lien figure sur toutes les autres pages pour les événements «globaux». L’organisation ne semble pas être réellement présente sur le terrain, s’occupant plus de financer des organisations locales pour qu’elles organisent elle-même des événements

Capture d’écran du site web de SWHK

La page «À propos» du site est également truffée d’informations contradictoires. L’organisation se présente comme étant indépendante, socio-financée et partant de la base. Cependant, il n’y a pas d’informations supplémentaires sur le moment de la fondation, un approximatif du nombre de membres ou de militant.e.s, ni une quelconque idée de comment l’organisation fonctionne, comment les rejoindre ou se joindre à elleux, se contentant de dire qu’iels sont un «groupe d’individus rassemblés».

Mouvement populaire ou lobby?

Le site de SWHK liste ses campagnes, qui sont aussi vagues qu’introuvables, par exemple celle intitulée «Soumission de la requête pour urger l’Union Européenne à imposer un embargo sur les armes contre la police de Hong Kong». La liste d’activités de l’organisation est quant à elle une longue liste de campagnes publicitaires ou d’actions au parlement britannique, ainsi que de la coordination d’événements faite avec l’aide d’autres organisations sur le terrain. Un autre lien intéressant que l’organisation tient avec le gouvernement britannique est l’achat des services d’une firme de lobbying, la Whitehouse Consultancy, qui représente également le groupe parlementaire britannique sur la question de Hong Kong.

Capture d’écran de la section «À propos» du site web de SWHK

SWHK peut aussi se targuer d’avoir envoyé une délégation pour surveiller des élections locales à Hong Kong. La délégation était composée de politicien.ne.s conservateurs.trices de tout acabit: Mantas Adomėnas, le vice-président du parti Union de la patrie - Chrétiens-démocrates lituaniens, David Alton, un lord anti-avortement catholique de la chambre des communes britannique ou encore Cille Hald Egholm, une danoise qui a travaillé pour le parti La Nouvelle Droite qui est contre l’immigration, l’Union européenne, l’islam et les taxes. Le reste des membres de cette délégation sont tou.te.s des conservateurs.trices-chrétien.ne.s ou des libertarien.ne.s, un choix qui a sans doute eu un impact important sur le contenu du rapport. Il est cependant impossible de le savoir puisque le lien disponible pour le consulter est non fonctionnel.

Dans le registre des bizarreries on peut ajouter l’organisation d’une manifestation appelée Universal Siege on Communists, le fait que leur page «À propos» se retrouve dans son intégralité sur un site web de vente de babioles en tout genre ou encore qu’iels aient organisé un webinaire sur l’imposition de sanctions financières envers les élu.e.s de Hong Kong à l’initiative de Bill Brower, un financier ayant créé le plus gros fond d’investissements étrangers en Russie après la chute de l’URSS.

Capture d’écran du site de vente Think Fast Deals

En gros, Stand With Hong Kong agit comme une banque pour le mouvement indépendantiste, il n’est donc pas surprenant que la provenance de son financement soit remis en question et que des liens commencent à être tissés entre l’organisation et Jimmy Lai, grand magnat de la presse hongkongaise. Si de telles accusations s’avéraient vraies, en plus de toute la multitude de liens entre l’organisation et la droite à l'international, les conséquences sur les orientations du camp pro-démocratie sont évidentes.

L’indépendance de qui?

Si SWHK ne représente pas le mouvement dans son ensemble, elle n’est pas la seule organisation où l’influence américaine et coloniale du Royaume-Uni se fait sentir. Les maintenant défuntes Demosistō et Hong Kong Higher Institutions International Affairs Delegation, dont les représentant.e.s ont été invité.e.s au Congrès américain, sont des exemples d'organisations qui entretiennent elles aussi des liens étroits avec des puissances étrangères.

Il n’est alors pas surprenant qu’apparaissent des drapeaux américains, britanniques et pro-Trump dans les manifestations. On note également la présence de graffitis, pancartes et masques à l'effigie de Pepe, la grenouille mémesque que l'extrême droite américaine s'est appropriée. Ceci concorde parfaitement avec l’apparition d’idéologues suprémacistes et pro-capital, par exemple des «penseurs.euses» comme Chin Wan, un «localiste» qui blâme les maux d’Hong Kong sur les immigrant.e.s pauvres qui vampiriseraient les ressources de la ville, les riches ayant évidemment un passe-droit.

Si la droite prolifère maintenant à Hong Kong, on ne peut évidemment pas y réduire l’entièreté du camp pro-démocratie.  Alors qu’un pan de la gauche s’est dissocié des manifestations, comme la Ligue des Sociaux-Démocrates, qui préfère organiser des grèves, une autre frange a décidé d’investir le mouvement. Les indépendantistes ne sont pas un groupe monolithique, des anarchistes militent ainsi auprès de nationalistes et de conservateurs, unis par leur désir d’indépendance.

Cette indépendance est toutefois relative, le support monétaire et organisationnel qui est offert par la droite conservatrice occidentale dépassant nettement ce que la gauche radicale est capable d’aller chercher. De ce fait, le mouvement d’indépendance à Hong Kong devient souvent une opposition entre démocratie capitaliste et communisme, plutôt qu’une lutte de libération. L’exemple de SWHK n’en est qu’un parmi une multitudes de tentatives des puissances impérialistes d’instrumentalisation de révoltes et de grogne populaire dans une perspective de gain économique et de guerre au socialisme. Si la Chine n’est pas le bastion du communisme qu’elle prétend être, il ne faut pas se leurrer face au réel intérêt des capitalistes britanniques ou états-uniens à discréditer le Parti communiste chinois.