Crédit photo: Samuel Saint-Pierre - Cinéaste

Voilà 50 ans ce mois-ci que débutait la Crise d’Octobre, un événement aussi marquant que traumatisant dans l’histoire du Québec. Malgré la pandémie mondiale de Covid-19 et le nombre grandissant de régions du Québec qui passent en zone rouge, plusieurs organisations militantes et indépendantistes ont tenu à souligner le cinquantenaire de l’application de la Loi des mesures de guerre et ses 500 arrestations arbitraires, ainsi que l’héritage politique du Front de libération du Québec.

Une première commémoration a eu lieu le 10 octobre en face de l’Assemblée nationale à Québec ou la section locale du Mouvement des Jeunes Souverainistes a réuni une vingtaine de personnes (et quasiment autant de policiers du SPVQ) pour commémorer les évènements d’Octobre. On y lu premièrement un discours par Denis Trudel, député du Bloc Québécois dans Longueuil Saint-Hubert et acteur dans le film Octobre de Pierre Falardeau, qui n’a malheureusement pas pu se présenter pour l’occasion. S'ensuit la lecture du fameux manifeste qui, malgré certaines phrases ayant mal vieillies, suscite encore la même ferveur.

Je suis à la manifestation du 50e d’octobre par devoir de mémoire. La mémoire de ceux et celles qui ont lutté, qui ont osé lever la tête pour que cesse l’exploitation de notre peuple par l’État colonial canadien et le capitalisme anglo-saxon. La mémoire aussi des 500 prisonniers politiques qui ont été arrêtés illégitimement pour leurs opinions politiques et leur militantisme.

-        Félix L’Heureux Bilodeau, militant du MJS Québec

Crédit photo: Jeunesse patriote communiste

Le même jour à Montréal avait lieu une autre commémoration, celle-ci mise sur pied par Jeunesse Debout, une organisation présente depuis décembre 2019 dans la scène communiste et antifasciste de la métropole.

L’évènement de Jeunesse Debout avait fait parler sur l’internet indépendantiste dans les semaines précédentes, principalement à cause de la ligne de pensée hétérodoxe de l’organisation à propos de l’indépendance et du FLQ. Ligne de pensée qui sera critiquée par la Jeunesse Patriote Communiste dans son organe médiatique La valise de char (maintenant Le Partisan Québécois) et qui engendrera ensuite une réponse de la part de Jeunesse Debout.

(Notre) ligne est celle de Charles Gagnon dans le texte Pour le parti prolétarien. Gagnon et son groupe ont travaillé à former un groupe Marxiste-Léninsite (En Lutte!) dédié à la création de ce Parti ouvrier et fut, au côté du PCO (Parti Communiste Ouvrier), une des forces de gauche qui façonna l’histoire du mouvement ouvrier radical des années 70. C’est cette ligne, embryonnaire au sein du FLQ, que nous revendiquons encore aujourd’hui.

-        Jeunesse Debout

Le rassemblement en question était prévu à 14h au parc Notre-Dame-de-Grâce. Après quelques discours « soulignant les actions du Front de libération du Québec et en quoi elles résonnent toujours aujourd’hui, dans un Québec bien loin d’être libéré de l’exploitation, un Québec toujours sous la botte d’une clique de requin vorace comme cela a été si bien dit en 70 », la petite foule s’est ensuite dirigée dans le quartier bourgeois adjacent de Westmount ou iels y ont défilé.es, les drapeaux du FLQ au vent en scandant des slogans tels que « Trudeau père, Trudeau fils, deux hosties d’impérialistes ».

Crédit photo: Jeunesse Debout

Néanmoins le plus gros rassemblement restait à venir. Le soir du 16 octobre, la section montréalaise du Mouvement des Jeunes Souverainistes a réuni près de 300 personnes au parc du Mont-Royal. Ironiquement massé en face de la statue du père de la confédération George Étienne-Cartier, le chanteur Émile Bilodeau y a prononcé un discours fougueux et improvisé sur l’importance historique du FLQ. Avant lui, Camille Goyette-Gingras de la Coop couturière a rappelé sa fierté face à la réappropriation de ce métier qui était associé jadis à la bonne femme ouvrière canadienne-française.

Moi je pense que le FLQ c’est un symbole important qui a pas assez d’espace dans nos institutions scolaires. Il faut l’expliquer de fond en large. Il faut arrêter de résumer notre histoire à un coffre de char !

-        Émile Bilodeau

Les discours terminés, le rassemblement s’est engagé dans les rues du centre-ville de Montréal. Elle fera un court arrêt à l’entrée de l’université McGill, symbole de la lutte indépendantiste rendu célèbre par l’immense manifestation McGill français de 1969 où les mouvements sociaux du Québec ont convergé pour exiger un meilleur accès à l’éducation pour les canadien.nes-français.es. Pendant la marche on peut voir quasiment autant de drapeaux du FLQ (ce bicolore bleu et blanc avec une étoile rouge) que de drapeaux du Québec ainsi que plusieurs drapeaux patriotes et même quelques drapeaux catalans.

Une rumeur à travers la foule prétend que quelques militants du Front Canadien-Français, une jeune organisation d’extrême droite, sont parmi la foule. Ils se seront en effet faufilés dans la marche, mais resteront très timides vu le nombre surprenant d’antifascistes à conviction indépendantistes présent.e.s.

La foule finira sa course en se rassemblant autour de la défunte statue de John A Macdonald, dont on demande le remplacement immédiat par une statue de Louis Riel. Du haut de là où trônait jadis le premier « premier », un militant apostrophe la foule avec le peu de voix qu’il lui reste : « Fuck les conditions gagnantes, les conditions gagnantes c’est vous tabarnak ! » Quelques discours seront encore prononcés et on terminera le tout en brûlant un drapeau canadien.

Je résumerais la question de la violence en disant ceci : elle est inévitable et insuffisante. Inévitable parce que la violence il va toujours y en avoir, sous toutes les formes, que ça soit la violence légale de l’État ou la violence illégale du peuple en réponse à la violence de l’État. Et insuffisant parce que, si on regarde l’histoire, le FLQ ça a été une bougie d’allumage pour un mouvement beaucoup plus grand qui lui ne l’était pas. À l’inverse de ce qu’on pensait, le FLQ a galvanisé la conscience nationale des Québécois et ça a fait en sorte que 6 ans après la crise d’Octobre t’avais un gouvernement indépendantiste qui prenait le pouvoir. […]
On manifeste pas nécessairement POUR le FLQ, mais plutôt pour les idées qu’ils avançaient. C’est-à-dire la libération nationale pis l’indépendance totale du Québec. L’indépendance pas seulement symbolique, politique, mais l’indépendance au niveau économique et culturel aussi.

- Militant indépendantiste membre du Parti Communiste du Québec présent à la manifestation

Crédit photo: Laurent Bergeron