Dans cette série d’entrevues, nous nous entretiendrons avec différentes organisations actives sur les territoires occupés par le Québec afin d’explorer les idées et actions qu’elles mettent de l’avant. Pour notre premier entretien, nous nous sommes entretenu avec une organisation de Montréal, Jeunesse Debout, avec qui nous avons discuté des concepts d’organisation de masse et de réseau d’autodéfense populaire.

Le Chat noir: Pour commencer, j’aimerais, si vous le voulez bien, que vous me fassiez un court historique de votre organisation.

Jeunesse Debout: Jeunesse Debout, anciennement Jeunes Socialistes Pour le Pouvoir Populaire (JSPP), fait ses débuts en mars 2019 lors de notre congrès de création. Avant la transition vers Jeunesse Debout, JSPP s’identifie comme organisation de masse ralliant socialistes de divers horizons mais sur des bases résolument révolutionnaires. La première année de l’organisation fut surtout marquée par le lancement de notre journal, notre campagne Servir le peuple au parc Martin-Luther-King, ainsi que notre présence dans des manifestations comme celle du 8 mars 2019 organisée par Femmes de diverses origines (FDO) et celle du premier mai 2019 organisée par la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). C’est cependant sur un bilan ne respectant pas les objectifs que l’on s’était donné pour notre première année d’activité que nous avons décidé, lors de notre deuxième congrès, de changer radicalement JSPP, allant du nom jusqu’à la façon même de nous organiser.

CN: Vous vous identifiez comme une « organisation de masse ». Pouvez-vous me définir, à votre sens, ce qu’est c’est au juste ?

JD: Nous définissions l’organisation de masse comme étant un organe de mobilisation à grande échelle d’un groupe spécifique des masses (un département d’usine, un quartier, les femmes, les minorités nationales, etc.). Son rôle est d’orienter cette partie des masses afin d’établir des contacts directs avec les membres de ce groupe, mais aussi entre les membres de ce groupe. Le but ultime étant de permettre aux masses de pouvoir se défendre par eux/elles-mêmes face à leur ennemi commun et ainsi intégrer une conscience politique dans la vie quotidienne du prolétariat pour finalement poser les bases profondes du développement du socialisme. Par exemple, dans le cas de Jeunesse Debout, le groupe spécifique des masses serait la jeunesse prolétarienne. En d’autres mots, une organisation de masse ne cherche pas à suivre ni à diriger les masses, mais plutôt cherche à devenir l’activité des masses.

CN: Pouvez-vous expliquer le changement du nom de votre organisation de Jeunes Socialistes pour le Pouvoir Populaire vers Jeunesse Debout ?

JD: La réponse à cette question ne se veut qu’un bref résumé de l’article Vers une application juste de la ligne de masse parue dans la quatrième édition de notre journal qui explique beaucoup plus amplement notre décision de changer assez radicalement la forme de notre organisation.

Le changement de nom de JSPP à Jeunesse Debout s’inscrit dans la réalisation qu’après un an de travail, JSPP n’avait quasiment rien d’une organisation de masse autre que sa propre prétention d’en être une. En effet, JSPP n’a aucunement réussi à s’établir comme réelle force politique chez les jeunes travailleurs et travailleuses. Pour remédier à cette situation, nous avons donc décidé de réorienter notre organisation sur deux points critiques : la forme organisationnelle et nos points d’unité. Tout d’abord, JSPP s’organisait par des réunions mensuelles lourdes en procédures, un peu comme un comité de mobilisation d’association étudiante. Cette forme d’instance décisionnelle n’avait donc pas grand-chose d’intéressant pour des jeunes travailleurs et travailleuses n’ayant aucune connaissance du code Morin et ayant sûrement mieux à faire que de s'asseoir dans une réunion interminable une fois par mois.

Pour ce qui est des points d’unité, lors du congrès de création de JSPP nos documents fondateurs faisaient en sorte que nous recrutions sur des bases plutôt idéologiques. Or, comme le stipule plus haut notre définition d’une organisation de masse, c’est plutôt chez la jeunesse prolétarienne qu’il nous faut nous implanter et non chez les personnes qui nous rejoignent déjà sur le plan idéologique. C’est donc pour ces raisons que JSPP s’est transformé en Jeunesse Debout et que nous nous organiserons par des barbecues dans plusieurs parcs de quartier populaires de Montréal. Le but de ces barbecues serait, entre autres, de garder une capacité décisionnelle, mais avec un côté plus convivial et moins bureaucratique que des réunions.

CN: Quelles sont les activités principales de votre organisation en cette période de crise sanitaire ?

JD: Nos activités ont été assez freinées par la pandémie. En effet, l’été 2020 était supposé être l’été où l’on débutait la nouvelle phase de notre organisation avec nos premiers barbecues. Alors, lorsque le premier confinement à été annoncé en mars dernier, nous avons dû vite réorganiser nos plans. Nous avons tout d’abord participé à la mobilisation pour la grève des loyers qui s’organisait principalement dans de le quartier de Hochelaga avec Pas de logement pas de quarantaine. Nous avons aussi dédié la quasi-totalité de la troisième édition de notre journal sur les situations réelles dans lesquelles cette crise a mis les travailleurs et travailleuses. Sinon, plus récemment, nous avons beaucoup travaillé sur notre campagne de commémoration des 50 ans de la crise d’octobre et les 30 ans de la crise d’Oka. Actuellement, nos activités consistent surtout à commencer l’organisation des barbecues qui débuteront dès que la température le permettra.

CN: Comment définiriez-vous ce qu’est un réseau d’autodéfense ? Et quels sont les moyens que vous prenez pour l’établir ?

JD: Le concept de réseau d’autodéfense est un concept primordial dans notre rôle d’organisation de masse. Nous définissons ce concept par la capacité d’un groupe, ici la jeunesse, de résoudre les contradictions auxquels ils et elles font face de façon autonome sans l’intervention de force externe à ce groupe. Pour y arriver, trois conditions doivent être respectées. La première est que les membres de ce groupe soient en contact et puissent communiquer, la deuxième est d’exposer ces contradictions et la dernière est de fournir les outils nécessaires pour résoudre ces dites contradictions. Bref, nous devons créer cet espace pour la jeunesse travailleuse, un espace d’éducation, de débats et d’action politique lié organiquement à la jeunesse. Voilà ce que l’on tente de créer avec ces rencontres publiques dans les parcs.

Pour en savoir plus sur l’organisation, visitez leur page Facebook https://www.facebook.com/jeunesse2bout ou sur leur site web http://jeunessedebout.org/