Les militant.e.s traversant le canal Lachine

Cela fait plus de 130 ans que chaque 1er mai est accompagné d’actions et de manifestations mené.e.s par la classe ouvrière, et ce à plusieurs endroits dans le monde. Celle-ci vise à rappeler le rôle fondamental que joue la classe ouvrière dans la société et à mettre ses revendications de l’avant. En cette année pandémique où on a mis sur la sellette les travailleurs.euses essentiel.le.s, beaucoup des revendications consistaient à mettre en lumière les conditions de travail et de vie exécrables de celleux-ci.

Réveiller Radio-Canada

Les actions ont débuté dès 9h, alors qu’une vingtaine de militant.e.s de Jeunesse Debout, de Servir Le Peuple et de La Ligue internationale de lutte des peuples (ILPS) sont allé.e.s occuper les bureaux de Radio-Canada à Montréal, en solidarité avec les débardeur.euse.s du port, dont la grève fut interrompue par une loi spéciale  votée la veille, et également avec les travailleur.euse.s du monde entier. Iels dénonçaient également la posture bourgeoise de Radio-Canada dans sa couverture médiatique. La police est arrivée une vingtaine de minutes après les manifestant.e.s. Un militant a prononcé un discours appelant à l’union des travailleur.euse.s et nous a averti.e.s de ce que l’avenir nous réserve:

“Les prochaines années seront faites d’instabilité, de privations, de combats! Elles seront faites de lutte de classes! Et en ce moment, c’est les riches, les patrons, les politiciens qui gagnent! La marde est pognée aux États-Unis, la pauvre monde crève dans la rue en Inde parce que les gouvernements des pays riches s’accaparent vaccins et médicaments! On nous prépare même une guerre avec la Chine, regardez les grands médias et vous verrez!”

L’occupation aura duré environ un heure, soit jusqu’à ce que l’ordre d’éviction soit donné par la police.

Manif dans Pointe-Saint-Charles: Pour en finir avec la précarité

Jeunesse Debout était d’ailleurs présente à une autre action du 1er mai puisque l’organisation co-organisait une manifestation dans Pointe-Saint-Charles à 13h. Parmi les autres groupes co-organisateurs on retrouvait les Industrial Workers of The World (IWW), le SÉSUM (syndicat des auxiliaires de l’UdeM), le SÉTUE UQAM (syndicat des auxiliaires de l’UQAM) et le Mouvement Action-Chômage de Montréal (MAC). L’événement a débuté au Carré Hibernia par une série de trois discours de militantes. Kim Bouchard du MAC de Montréal a été la première à prendre la parole pour décrier un salaire minimum beaucoup trop bas et le fonctionnement de l’assurance chômage:

«Hier, le gouvernement est venu nous annoncer qu’on allait rester pauvre encore longtemps, avec une grosse hausse de 40¢ de l’heure pour les travailleurs les plus précaires. Donc, ce monde là, en temps normal, sur le chômage, auraient eu quoi? C’est 55% de notre salaire qu’on nous verse quand on perd notre emploi, puis faut la perdre sans que ce soit de notre faute.»

Elle a ensuite critiqué le discours populiste qui cherche à culpabiliser les travailleur.euse.s qui ont bénéficié de la PCU:

«On a donné 500$ à tout le monde, un gros 500$ par semaine. On a entendu dire “Heille, le monde s’enrichissent avec 500$ On vient de créer une pénurie de main d'œuvre". Ces “gros” 500$ là ont servi à quoi? À payer nos loyers, à payer l’épicerie, à payer le transport en commun. Ce 500$ là, c’était une joke, pis c’était pour éviter que toute cette gang de pauvres-là soit pas capable de payer ses comptes à la fin du mois. Ça pas été un cadeau, c’était une nécessité.»

Par la suite, c’est Mollie du Comité Logement POPIR qui s’est avancée pour critiquer l’inaction du gouvernement face à la crise du logement qu’il refuse de reconnaître, et pour faire valoir les revendications de son comité logement, mais aussi de tous.tes les locataires du Québec:

« Aujourd’hui, on est ici parce que eux, les élus, les représentants, les politiciens, le patronat, les spéculateurs, les propriétaires, eux, ils refusent de nous voir nous, ils refusent de voir la crise du logement, qu’ils essaient de qualifier d’aléa de leur système économique alors qu’en réalité, la crise du logement, c’est un symptôme d’une crise humanitaire engendrée par un système capitaliste malade dans lequel on vit. [...] Ils refusent de nous écouter, mais aujourd’hui on est là pour crier, on n’est pas ici parce que ça nous fait plaisir[...]. On est ici parce qu’on est en tabarnak, on est ici parce qu’on est en colère de l’inaction de nos gouvernements. On est là pour crier nos revendications, on veut des mesures structurantes pour se sortir de la crise du logement.»

Puis, c’est Grace de l’Association des travailleur.euse.s temporaires d’agences de placement qui s’est exprimée sur la réalité des travailleur.euse.s temporaires, souvent des femmes immigrantes sans ressources et sans aide qui sont victimes de leurs patron.ne.s :

« When I was working, it was hell: psychological trauma, I was asked to do things I didn’t sign for, I was asked to clean, [...] I was threatened to be put on a plane by my boss. I was told I didn’t have a say because I am a temporary worker. I became sick, I had an accident, I was on sick leave for about 4 months. But all of this wasn’t recognised by my boss. »

« Quand je travaillais. c’était l’enfer: traumatismes psychologiques, on me demandait de faire des choses pour lesquelles je ne m’étais pas engagée, on me demandait de faire du ménage, [...] mon patron m’a même menacé de me mettre sur un avion. On m’a dit que je n’avais pas mon mot à dire parce que j’étais une travailleuse temporaire. Je suis devenue malade, j’ai eu un accident de travail et j’ai été en congé de maladie pendant 4 mois. Mais rien de tout ça n’a été reconnu par mon patron. »

La foule s’est finalement mise en marche pour déambuler dans Pointe-Saint-Charles et ensuite traverser le Canal Lachine et se rassembler au Parc Vinet, où les militant.e.s ont profité du soleil et du beau temps pour festoyer et échanger un peu.

Manifestation à Québec: pour une meilleure assurance-chômage, une meilleure aide sociale et contre le PL59

À Québec, ce sont environ 250 personnes qui se sont rassemblées pour marcher dans les rues du quartier Saint-Roch. La manifestation était organisée principalement par des groupes communautaires de la région ainsi que par le Conseil central de la CSN et la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (Ceves). L’événement mettait de l’avant trois thématiques, soit l’assurance-chômage, l’aide sociale, ainsi que la santé et sécurité au travail (spécialement en opposition au projet de loi 59).

À quelques pas du point de départ de la manifestation, devant les bureaux de Services Québec, Roxane Blanchet de l’Association de défense des droits sociaux de la Rive-Sud (ADDS-RS) a livré un plaidoyer contre l’état actuel du régime d’aide sociale au Québec. «Pour beaucoup de travailleuses et de travailleurs, la perte d’un emploi peut engendrer toute une débarque une fois les prestations de chômage toutes écoulées», a-t-elle mentionné.

«Les courbettes qu’on fait faire aux personnes pour avoir accès à l’aide sociale sont de plus en plus nombreuses et complexes. Résultat: quand on arrive à l’aide sociale on a vraiment plus rien et on est épuisé par les démarches qu’on a dû faire pour avoir accès à une aide financière de dernier recours. Pis quand on y est, c’est la survie qui commence. Parce qu’avec 708$ par mois, on vit pas, on survit à peine.» Celle-ci a informé la foule du fait que selon le panier de l’Indice des prix à la consommation (une statistique émanant de l’État), il faut à une personne 1650$ par mois pour vivre convenablement dans la région de la Capitale-nationale.

Quelques mètres plus loin, c’est Ann Gingras de la CSN qui a pris la parole pour dénoncer l’actuel projet de loi 59, un énième coup bas de l’État vis-à-vis la classe ouvrière:

«Le projet de loi 59 c’est une trahison d’une ampleur incroyable! Vous savez, notre régime en santé et sécurité au travail, quand on l’a mis en place il y a 40 ans, c’était un contrat social. On avait alors renoncé à des poursuites contre les employeurs et en échange on devait nous protéger. Qu’est-ce qui est arrivé depuis 40 ans ? La CNESST agit comme une vulgaire compagnie d’assurance. Elle s’associe et elle s'assoit avec les employeurs pour faire en sorte que le moins d’accidents de travail possibles soient reconnus. On a dit [qu’il y a eu] 173 décès en 2020, [173] personnes qui ont perdu la vie en essayant de la gagner. Bien ça, c’est les décès acceptés par la CNESST. On sait qu’il y a une armée qui travaille alentour de la CNESST, qui sont à la solde des employeurs. Des médecins, des conseillers en relations de travail des mutuelles, des avocats qui se nourrissent avec le sang des personnes victimes d’accidents de travail et de maladies professionnelles.»

Après quelques minutes de marche supplémentaire, lorsque la manifestation a atteint la hauteur du bureau de circonscription du député libéral fédéral Jean-Yves Duclos, Héloïse Varin d’Action-Chômage Québec a pris la parole pour dénoncer l’inaccessibilité de l’assurance-chômage. Son groupe, avec l’ADD-RS et le Mouvement Action-Chômage de Charlevoix, avait d’ailleurs organisé un déploiement de bannière plus tôt dans la journée, bannière sur laquelle on pouvait lire «Serais-tu refusé.e à l’assurance-chômage ? 60% le sont !»

«60% des personnes en situation de chômage sont refusées à l'assurance-emploi en temps normal, et ce chiffre augmente évidemment lorsqu’on considère seulement les femmes.», a expliqué Héloïse, qui a donné l’exemple des travailleur.euse.s à temps partiel (dont le ⅔ sont des femmes), une catégorie automatiquement exclue de l’assurance-emploi.

La manifestation a terminé sa course en plein milieu de la rue Dorchester que la police s’est pressée de faire dégager, après un détour par un coin moins passant de Saint-Roch où Jacques Létourneau (président de la CSN et candidat à la mairie de Longueuil) a livré un court discours demandant au gouvernement d’investir davantage dans le filet social.