Samedi dernier avait lieu une « manif éclair » organisée par le parti municipal écologiste Transition Québec contre le projet de troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis. À la lumière de la réanimation du projet par la CAQ dans les derniers mois, de plus en plus de citoyen.ne.s de Québec unissent leurs voix en opposition au projet et contre l’agrandissement d’un réseau autoroutier qui est déjà immense dans la capitale.

À 13h, sur le parvis de l’église Saint-Roch, plusieurs centaines de personnes se sont réunies pour contester la construction de ce qui serait le plus grand tunnel d’Amérique du Nord si le projet du 3ème lien venait à terme.

Massée autour des marches du parvis, la foule a écouté deux discours avant de s’engager sur la rue Saint-Joseph. Le premier par Simon-Pierre Beaudet, ex-candidat du NPD dans la circonscription Beauport-Limoilou et professeur au Cégep Limoilou, et un second par Alexandra Tremblay, candidate pour Transition Québec dans Saint-Roch-Saint-Sauveur aux prochaines élections municipales.

Le professeur a été le premier à s’adresser à la foule pour rappeler que le projet est loin de faire l’unanimité :

En présentant son projet de tunnel à dix milliards, [la CAQ] a mis contre elle tous les chroniqueurs de la presse, tous les partis d’opposition, tous les secteurs de la société qu’elle garde dans la cure d’austérité libérale, tous les citoyens du reste du Québec qui se demandent "kessessa tabarnak" !?
La CAQ a mis d’accord Richard Martineau et Québec Solidaire ! Bravo les champions !

[…]

Que leur reste-t-il pour défendre l’indéfendable ?
Ils essaient de nous faire passer ça pour une guerre Québec-Montréal !
Sous prétexte qu’il y a des chantiers majeurs à Montréal, il faudrait accepter leur autoroute souterraine à Québec ! C’est parce qu’à Montréal, ce sont des projets de transport collectif. Mettez dix milliards dans le transport en commun à Québec, on va vous applaudir !
Qu’on fasse tout de suite des lignes supplémentaires de tramway à Beauport, Charlesbourg, Neuchâtel, L’Ancienne-Lorette, Duberger, et au lieu de vous qualifier de rétrograde, on dira que vous êtes visionnaires !

Immédiatement après, c’est Alexandra Tremblay qui s’est exprimée :

Notre quartier, on veut l’arpenter à pied, en sécurité, mais encore une fois, les autos ont toute la place.
Centre-ville, banlieue, c’est partout pareil, notre conception de la mobilité repose principalement sur l’utilisation de l’auto-solo pi, ça, faut que ça change.
T’sais, on nous dit qu’avoir un char, c’est la liberté, mais force est de constater qu’on a même pas la liberté de pas n’avoir de char.
[...]
Tant pis si c’est pas un bon move politique, tant pis si on s’fait traiter d’écolos frustrés, de déconnectés, d’licornes, tant pis s’il faut sortir din rues toutes les semaines, tant pis s’il faut crier, s’il faut s’enchaîner… On va le faire, parce qu’on est pas des peureux, parce qu’on le sait que nos quartiers méritent mieux.
On est ici aujourd’hui pour manifester contre le projet de troisième lien présenté par la CAQ.
On est ici pour prouver qu’au municipal, on a des moyens d’faire entendre nos voix, pis on va les prendre, ces moyens-là.
On est ici parce qu’on en a assez de l’inertie politique quant au bien-être des résidents des quartiers centraux.
On est ici pour scander haut et fort qu’nos quartiers, c’pas des autoroutes! »
Crédits photos: Lény Painchaud

Aux sons de slogans tels que « Saint-Roch, uni, jamais ne sera vaincu » et « Les autoroutes nous font la guerre, guerre aux autoroutes », la foule s’engagera sur la rue Saint-Joseph pour bifurquer, par la suite, sur la rue du Pont et s’arrêter rapidement au pied du viaduc de l’autoroute Dufferin-Montmorency.

Le lieu est hautement symbolique, non seulement parce que c’est un des sites où l’on prévoit faire sortir le tunnel Québec-Lévis, mais aussi parce qu’il est un exemple vivant des dommages irréversibles que peuvent engendrer la construction d’une autoroute en plein quartier central.

Là où se trouve aujourd’hui ce qu’on appelle l’Îlot fleuri, sorte de terrain vague en dessous des bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, connu pour ses murales artistiques et le festival Envol et Macadam, vivait autrefois une communauté vibrante d’immigrant.e.s d’origines chinoises et juives que la mairie expulsera avec joie dans les années 70 pour la construction des viaducs. On y trouvait de nombreuses laveries, des restaurants, une synagogue et même un bureau du Kuomintang, à une époque où la capitale était bien plus diverse qu’on peut le croire aujourd’hui. Réduit à l’état de fait insolite par le développement autoroutier, le restaurant Wok and Roll et la toute petite rue Xi’an sont tout ce qui reste aujourd’hui du Chinatown de Québec.

C’est donc à cet endroit où la courte manifestation organisée par Transition Québec s’est arrêtée et où Jackie Smith, cheffe de Transition Québec et candidate à la mairie, a prononcé un dernier discours.

« Étant donné que certains acteurs politiques ne semblent pas l’avoir compris et semblent toujours hésiter à rejeter ce projet-là. Je veux être très clair sur certains faits incontournables.
Le troisième lien VA générer l’étalement urbain et VA accroître la dépendance à l’automobile. Le troisième lien VA détruire de nombreux milieux de vie dans le centre-ville et dans les terres agricoles de Lévis et de Bellechasse. Le troisième lien VA faire augmenter les émissions de gaz à effet de serre.
Il n’existe pas de condition ou de compromis qui pourrait faire de ce projet une bonne idée.
Les tentatives d’écoblanchissement ne passeront pas !
Investissons 10 milliards de dollars dans les logements sociaux, dans le système de santé, dans les garderies et dans le transport en commun.
La seule position acceptable, la seule position réaliste, c’est de refuser ce mégaprojet écocidaire !
[...]
Et aujourd’hui c’est la première d’une longue série de mobilisation contre le troisième lien.
Transition Québec utilisera tous les moyens à sa disposition pour combattre férocement le projet de troisième lien autoroutier et tout autre projet impliquant une augmentation du volume d’automobiles se rendant au centre-ville. »

Bien qu’on ait pu penser, par le passé, que le troisième lien n’était qu’un simple rêve de radios poubelles mort et enterré, les ambitions électoralistes de la CAQ semblent l’avoir ressuscité, et avec lui, son opposition par les gens de Québec, une opposition qui ne semble que commencer et, visiblement, avec Transition Québec comme figure de proue.