Bannière de militant.e.s à la Place Émilie-Gamelin

Une petite foule de manifestant.e.s a défilé dans les rues du centre-ville de Montréal ce 29 avril pour dénoncer le manque d’actions des différents paliers de gouvernements vis-à-vis de la crise des surdoses qui bouleverse actuellement le Québec. Une marche funèbre a ainsi été organisée pour commémorer les nombreux.euses personnes décédé.e.s des suites d’une surdose, le nombre s'élevant à 547 décès probables pour la seule année 2020 au Québec.

En cette Journée d'action nationale contre les surdoses, organisée par l’Association Québécoise pour la Promotion de la Santé des Personnes Utilisatrices de Drogues (AQPSUD), une cinquantaine de personnes se sont regroupées à la place Émilie-Gamelin pour lancer la marche funèbre. La coordonatrice de l’AQPSUD, Chantal Montmorency, a commencé en expliquant le déroulement de la manifestation, pour ensuite passer la parole à Daybi, un artiste et militant cri  originaire du Manitoba. Il a tout d’abord fait la reconnaissance territoriale et a profité de l’occasion pour souligner les cinq décès liés à une possible surdose dans les cercles de consommateurs.trices autochtones à Montréal, ainsi que le travail du milieu communautaire et des usagers.ères qui y travaillent et militent pour les droits des personnes utilisatrices de substances. Il a terminé en parlant des difficultés rencontrées par les usagers.ères en ces temps de pandémie et des nombreux deuils que toutes et tous ont eu à vivre.

Par la suite, le groupe s’est mis en branle et a monté la rue Berri en imitant un cortège funèbre, la foule suivant un cercueil qui est utilisé à chaque année et sur lequel apparaît une liste toujours grandissante de noms de victimes de surdoses, pour se rendre au parc Jean Narrache. Là-bas, les manifestant.e.s étaient appelés à lire un texte écrit par une usagère, sur la thématique de “J’en arrache parce que…”  et à apposer des collants sur le même thème un peu partout dans le parc. Les organisateurs.trices ont également invité les participant.e.s à prendre la parole pour s’exprimer sur leurs deuils. On y a surtout relevé un épuisement, épuisement de toujours s’inquiéter quand on est sans nouvelles de quelqu’un, de ne jamais pouvoir vivre ses deuils convenablement, d’avoir peur d’être le.a prochain.e. Plus important encore, les orateurs.trices ont affirmé que nous avions déjà les solutions mais qu’elles ne sont pas appliquées par les gouvernements parce que l’opinion du public sur les usagers.ères importe plus que la science et la santé de celleux-ci.

Les militant.e.s réuni.e.s au parc Jean Narrache

Un cimetière à la DSP

La marche funèbre s’est terminée devant les bureaux de la Direction Régionale de la Santé Publique, rue Sherbrooke, pour y ériger silencieusement un cimetière avec des pierres tombales, des lampions et le cercueil susmentionné. C’est à ce moment, sans grand discours que la manifestation a pris fin. Il faut dire qu’après des prises de parole plutôt difficiles à entendre pour plusieurs au parc Jean Narrache, le coeur n’était plus aux grands discours: tout avait déjà été dit.

D'ailleurs, une manifestation se déroulant à Gatineau a elle aussi érigé un cimetière ambulant à l’initiative du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), qui soulignait les 45 décès liés à des surdoses dans la région. Il s’est déplacé sur les artères majeures pour se rendre, entre autres, devant le Service de Police de Gatineau et l’hôtel de ville.

Année record pour les surdoses

L’année 2020 a été une année particulièrement violente pour les usagers.ères de substances psychoactives, et la pire jamais enregistrée en matière de surdoses depuis le début de la crise des opioïdes au Québec. Les statistiques sur les surdoses sont source de litige et provoquent beaucoup de critiques, en raison du temps nécessaire avant qu’elles soient rendues publiques. Si les statistiques que nous avons sont partielles, nous savons cependant que la crise n’est plus limitée qu’aux opioïdes et que tous.tes les utilisateurs.trices  sont susceptibles d’être touché par les surdoses tant les substances qui circulent sont altérées, en grande partie à cause de la fermeture des frontières qui limite le transit des substances. De plus, un nombre important de surdoses non-mortelles ne sont pas répertoriées ou prises en charge à cause de plusieurs facteurs, notamment l’isolement forcé en temps de pandémie et l’absence d’outil pour déclarer des surdoses.


Pour sauver des vies, la naloxone

La naloxone est un médicament antagoniste des récepteurs d’opioïdes et permet de renverser les effets d’une surdose liée aux opioïdes. Les effets de la naloxone peuvent durer entre 20 et 90 minutes, il est donc recommandé qu’une personne a qui de la naloxone a été administrée se rende aux urgences.  La naloxone est disponible gratuitement dans toutes les pharmacies. Vous avez droit à 8 doses par jour, nasales ou intramusculaires. Pour trouver le point de récupération de naloxone le plus près de chez vous: https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/cartes/naloxone/index.html.