Denis Turcotte, nouveau chef du SPVQ

Il n’y a aucun profilage racial à Québec selon le nouveau chef du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Denis Turcotte. Ce dernier admet qu’il y a « possiblement » des policiers racistes au sein de son effectif, mais nie catégoriquement toute pratique de profilage racial de la part du SPVQ. Une affirmation fortement contestée par la Ligue des droits et libertés (LDL) qui affirme que le SPVQ évite de se soumettre à une recherche indépendante et qui fait valoir l’existence de témoignages de profilage racial à Québec.

« Pas du tout » de profilage racial à Québec

Interrogé par Mario Dumont le 14 mai dernier sur l’existence de biais raciaux au sein du SPVQ, M. Turcotte a répondu « Est-ce qu’il y a des policiers racistes? Possiblement. Mais est-ce qu’ils font du profilage racial? Non, pas du tout ». Il a ajouté ne pas avoir eu de plainte par rapport au profilage racial, sans présenter de preuve. Le service des communications du SPVQ n’a pas fourni de réponse au Chat noir quant à savoir si le service de police a déjà reçu des plaintes pour profilage racial. Il s’est également abstenu d’indiquer s’il y a déjà eu une enquête concernant des biais raciaux.

Les propos de M. Turcotte sont directement contredits par Maxim Fortin, coordonnateur de la section Québec de la LDL. « C’est extrêmement malheureux que le chef de police tienne ce genre de discours qui nie le profilage racial alors qu’il y a des témoignages de plusieurs personnes comme quoi il y en a », se désole M. Fortin.

Une enquête indépendante nécessaire

La LDL réclame la tenue d’un processus d’enquête indépendant du SPVQ sur le profilage racial, comme cela s’est fait avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « Que le SPVQ démontre qu’il y en a pas [de profilage racial] », demande M. Fortin. Celui-ci juge que le service de police refuse d’aller en cette direction, car cela irait à l’encontre de ses intérêts. Le SPVQ s’est abstenu de répondre au Chat noir sur la question d’une  enquête indépendante. Le rapport Armony-Hassaoui-Mulone, produit à Montréal, prouve que les Arabes, les Autochtones et les Noirs ont en moyenne quatre à cinq fois plus de chances que les Blancs d’être interpellé.e.s par un.e policier.ère du SPVM.

Face au manque de statistiques et de recherches sur cet enjeu, la LDL compte recueillir et documenter les témoignages de profilage racial à Québec.

Engager des personnes racisées, une solution?

Moins d’un mois après à la nomination de M. Turcotte comme chef du SPVQ, un plan d’action ayant une stratégie de recrutement des personnes issues de minorités visibles fut annoncé. Cela consiste à permettre aux personnes « qui ont déjà une expérience de vie » de devenir policier.ère avec seulement une attestation d’études collégiale et une formation de 15 semaines à l’École nationale de police du Québec.

La LDL considère que cette approche est une stratégie de détournement afin de ne pas aborder le sujet du profilage racial. « On ne considère pas que c’est quelque chose qui devrait être prioritaire, estime M. Fortin. La diversification des effectifs ne règle pas le problème du profilage racial ». Il donne en exemple les États-Unis qui comptent plusieurs corps policiers diversifiés sans que cela ait mis fin au profilage racial ou à la brutalité policière. Rappelons que le meurtre de George Floyd par le policier blanc Derek Chauvin s’est fait sous le regard complice de son collègue racisé Tou Thao. Maxim Fortin précise que la LDL ne s’oppose pas à la diversification de l’effectif policier et met plutôt l’accent sur l’importance de pratiques policières qui respectent les droits humains.