«Il reste moins de dix ans pour sauver la Terre. Ça fait peur.», énonce Mathilde Babiuk devant une foule rassemblée à l’occasion d’une manifestation pour la justice climatique. Aux prises avec des projets d’agrandissement du port de Québec, de troisième lien automobile et avec la menace, un peu plus distante, de GNL-Québec, les militant.e.s de la ville tiennent un discours de plus en plus radical quant aux visées capitalistes des gouvernements municipal et provincial.

Le 19 mars, plus d’une centaine de militant.e.s écologistes de la ville de Québec se sont rassemblé.e.s devant l’Hôtel de ville tandis qu’avaient lieu des actions dans une quinzaine d’autres municipalités de la province. Devant le bâtiment où siège Régis Labeaume, deux militants écologistes se sont succédé pour dénoncer vertement le caractère écocidaire - c’est-à-dire accélérant la disparition d’espèces de la faune ou de la flore - de certains projets de développement prévus dans la ville.

Un développement intelligent plutôt que capitaliste

Simon Parent, un des cofondateurs.trices de la Table citoyenne Littoral Est, s’en est surtout pris au Projet Laurentia, un projet de développement visant à augmenter le transit de marchandises au port de Québec au détriment de la survie d’espèces de poisson comme le bar rayé. L’initiative supportée par l’Université Laval et le Cégep Limoilou a suscité beaucoup d’opposition dans la ville, notamment de la part de la Table citoyenne et des groupes étudiants membres de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES), mais aussi du parti municipal Transition Québec et de Québec solidaire qui avaient tous deux des contingents à la manifestation.

Selon Simon Parent, les projets comme Laurentia sont «une autre pièce dans la machine mondiale qui anéantit les communautés du vivant». Pour lui, «il est alors essentiel d’opérer, tous ensemble, une transformation radicale de nos pratiques culturelles, menant de la consommation de masse à la régénération des écosystèmes, de la destruction du vivant à sa reconnaissance, son respect et son amour.» Il ajoute que, «pourtant, les gouvernements démontrent jour après jour leur incapacité d’agir en ce sens et continuent de servir lâchement les intérêts capitalistes qui nous conduisent directement vers la catastrophe.»

Olivier Ribordy, un étudiant en physique de l’Université Laval, lui a succédé pour porter une critique envers les projets misant sur l’automobile individuelle et pour vanter l’idée d’un réseau de transport structurant au service des citoyen.ne.s. Par un heureux hasard, le plaidoyer pour un tramway à Québec écrit par une de ses camarades qu’il était censé lire s’est retrouvé finalement désuet puisque Legault et Labeaume ont conclu une entente à la veille de la manifestation. Ribordy a donc plutôt pointé la nécessité de développer davantage le réseau de transport de la ville puisque le nouveau tracé du tramway a été réfléchi suivant les intérêts capitalistes et non ceux de la population. Il a donné notamment l’exemple de montées mécaniques permettant de passer de la basse-ville à la haute-ville.

L’étudiant a précisé que «[l]a lutte du tramway, la lutte pour les développements subséquents, il faut qu’elle se fasse en parallèle de la lutte contre Laurentia, contre la Zone d’Innovation littorale Est et contre le Troisième lien. Ça suffit le développement à l’auto solo, ça suffit le développement soumis aux entreprises. On bouge vers le futur! [...] On va montrer aux politiciens que la population demande une ville verte.»

Crédits photo: Lény Painchaud

Un gouvernement dans le déni

Après avoir marché de l’Hôtel de ville jusqu’à l’Assemblée nationale, la foule s’est attroupée pour écouter deux autres discours, premièrement celui de Sarah-Jane Vincent qui est coordonnatrice générale des Féministes en mouvement de l'Université Laval. Celle-ci a rappelé le fait que la crise climatique, comme le reste du système économique, est d’autant plus violente pour les femmes. Elle a justement débuté son discours en clamant que «Nous, féministes, sommes en première ligne de cette crise environnementale.»

Comme un large pan du mouvement écologiste québécois, l’étudiante a demandé un changement d’attitude du gouvernement vis-à-vis des mesures de relance à venir après la pandémie. «Les plans de relance du gouvernement ne doivent pas contribuer à la dégradation de l'environnement et à l'épuisement des ressources. Ils doivent tendre vers une économie raisonnée, respectueuse de l'environnement et des populations. Sans nature, il n’existe aucune économie et sans l'appui des citoyens et citoyennes, elle n'est rien.» Contre une relance ancrée dans la logique capitaliste, la relance économique à venir pourrait plutôt servir le bien commun selon la féministe. «Nous voulons une relance juste, verte et féministe.», a-t-elle résumé.

Une étudiante de l’école secondaire Cardinal-Roy, Mathilde Babiuk, a suivi Sarah-Jane Vincent. La mobilisation écologiste est de plus en plus forte dans les écoles secondaires de la ville et son discours menait à comprendre pourquoi: les jeunes ne peuvent s’imaginer leur futur.

«Plus je grandis, plus je m'aperçois que le système d'éducation est dans le déni, de comment le gouvernement est dans le déni autant pour le racisme systémique que pour notre situation environnementale qui tire vers le dramatique. Moi je trouve ça pathétique. [...] Les adultes nous répètent constamment de nous préparer pour un avenir qui est en fait incertain et clairement en danger. On dit aux élèves de vivre leurs années de jeunesse pendant que y’est encore temps et, je sais pas pour vous, mais c'est dur de les vivre pleinement quand des projets écocidaires comme GNL, le pipeline ou le Troisième lien pourraient se concrétiser, quand les écoles se forcent pas à nous apprendre une seule chose sur les vrais enjeux de la société, quand le gouvernement favorise l'argent avant l’humain.»