Transition Québec est un parti progressiste et écologiste qui présente plusieurs candidats à la prochaine élection municipale de Québec. Le parti est notamment l’un des seuls à s’opposer catégoriquement au troisième lien ainsi qu’au projet Laurentia d’agrandissement du port de Québec. Le Chat Noir s’est entretenu avec Alexandra Tremblay, candidate du district numéro 3, Saint-Roch-Saint-Sauveur, à propos des idées du parti et des plans de Transition Québec par rapport aux nombreux enjeux auquel fait face la capitale.

Pouvez-vous, en quelques phrases, résumer la plateforme et les idées du parti ?

Transition Québec est né d’une initiative de progressistes et de militant-e-s de la ville de Québec qui ne se sentaient pas vraiment représenté.e.s dans l’administration municipale et qui avaient un désir de faire valoir les valeurs d’écologie, de justice sociale, d’inclusion, de démocratie à l’hôtel de ville.

On a tous.tes, au parti, cette volonté-là de faire la transition et d’être préoccupé par les enjeux locaux, qui sont proches de chez nous, en faisant valoir notre pouvoir démocratique à l’hôtel de ville.

On trouvait aussi déplorable qu’il y avait au pouvoir une administration qui était très unilatérale, très technocrates, plus administrative que gouvernementale, quand on sait qu’il est possible de mener de grands changements quand ont investi la mairie d’une ville.

La transition écologique a besoin d’être implantée dans tellement de sphères de la société et je pense que d’investir tous les paliers gouvernementaux, dont la mairie, et d’avoir un gouvernement progressiste au municipal ça en fait définitivement partie.

Est-ce qu’il serait juste d’affirmer que Transition Québec se place dans la ligné des idées municipalistes de penseurs comme Murray Bookchin ou Jonathan Durand-Folco au Québec et de partis comme Barcelona en Comu dans d’autres villes à travers le monde ?

C’est sûr que c’est un mouvement qui inspire plusieurs nos actions et de nos idées, du moins pour moi.

Je ne sais pas si tou.te.s les militant.e.s de Transition Québec ont lu « À nous la ville », mais moi c’est définitivement ce bouquin-là qui m’a intéressé à ce palier gouvernemental. On a une représentation du politique dans les médias qui est très centrée sur le provincial et le fédéral et ont tend à voir la municipalité simplement comme des administrateurs de poubelles et de déneigement.

Mais quand on lit ce genre d’ouvrage là, ou le « Petit traité de résilience locale » par exemple, qui font la promotion d’une gouvernance décentralisée; une idée que plusieurs membres du parti tiennent aussi à cœur, on se rend compte que ce n’est pas vraiment normal que tout parte du haut et qu’on se sente écrasé par une vision qui ne nous appartient pas.

Donc, oui le municipalisme répond définitivement à cette volonté-là de discuter entre nous et de réinvestir les parvis et les lieux communs.

Si vous êtes élu.e.s, à quelle sorte de plateforme de démocratie participative décentralisée est-ce que les citoyen.nes de Québec peuvent s’attendre ?

Dans les 14 dernières années, le pouvoir a été très centralisé dans les mains de Régis si on peut dire ça comme ça.

C’est quelque chose qui s’est amélioré avec les années, mais tout était tout le temps ramené à l’hôtel de ville et au conseil municipal quand, par le passé, on avait mis en place des instances comme les conseils d’arrondissements et les conseils de quartiers. Des instances de démocratie participative que les citoyen.ne.s peuvent investir.

On a souvent de la misère à concevoir plus local que l’hôtel de ville, mais chacun des quartiers, chacun des arrondissements ont des réalités qui leur sont propres. T’sais, Limoilou et la Haute-Saint-Charles, c’est pas la même réalité ou les mêmes enjeux et c’est exactement pour ça que c’est important d’avoir des conseils d’arrondissements qui sont accessibles, qui sont connus, que les citoyen.ne.s sentent qu’ils peuvent investir avec leurs questions, leurs interrogations, qui sont plus diversifiées.

On ne veut pas que ça soit tout le temps le même monde qui parle des mêmes affaires, c’est donc important de financer des organismes comme les conseils de quartiers qui sont excessivement ancrés dans la réalité de la communauté.

Ce ne sont pas tous les quartiers qui ont des conseils parce que leur accès est difficile, il existe toute une procédure et il faut 300 signatures, etc., on en fait aussi pas beaucoup la promotion dans le moment.

Donc, oui il faut que des gens soient motivé.e.s à le faire, mais il faudrait aussi que la ville donne de vrais pouvoirs et de vrais budgets qui sont alloués à de vrais projets dont la communauté a besoin pour vrai.

Et si ce sont des projets qui partent de la communauté, on a encore plus de chances de fédérer les participant.e.s autour et de vraiment voir du changement à long terme dans les communautés, car tout ça vient d’elleux.

Donc, au point de vue concret pour nous, c’est augmenter les budgets participatifs des conseils de quartiers et de redonner des pouvoirs aux conseils d’arrondissements qui, oui ont ce travail là d’administrateur.trice.s des vidanges, mais aussi tellement d’autres choses. Plus on donne la chance au citoyen.ne.s de s’exprimer, plus on a de chance de bien les représenter.

Pouvez-vous nous parler rapidement de votre opposition au projet Laurentia et les raisons derrière celle-ci ?

Je ne sais pas si tu étais des nôtres à la manifestation contre Laurentia samedi passé, mais Jean-François Gosselin de Québec21 est venu faire un tour, ce qui m’a beaucoup étonné parce qu’il se positionne comme défenseur du troisième lien, un projet qui est tellement interrelié avec Laurentia pour faciliter le trafic de camion au port.

Alors je ne peux pas authentifier la position des autres partis par rapport à ça, parce que Québec21 est visiblement contre, mais je pense qu’on est définitivement le parti qui a fait le plus de mobilisation et d’éducation citoyenne contre Laurentia.

Le projet Laurentia, c’est l’exemple type du genre de projet de notre ère industrialisé qui dévalorise le vivant au profit des entreprises privées. J’ai de la difficulté à trouver un meilleur exemple qui fait la promotion du capitalisme et de l’extractivisme dans sa plus simple expression, qui dit que c’est correct de fucker nos écosystèmes, que c’est correct d’empirer la qualité de l’air des habitant.e.s de Limoilou, de précariser encore plus la vie des gens des quartiers centraux et que c’est correct de vendre l’avenir de nos enfants pour l’argent de compagnies étrangères.

Il y a tellement de raisons pour lesquelles on s’oppose à ça, mais surtout parce que c’est le paradigme contre lequel on veut lutter et qu’on veut quitter pour faire la transition vers une autre façon de vivre. Le projet Laurentia et notre plateforme sont tellement opposées que l’on ne pourrait jamais le faire passer [sous] aucune condition.

Pouvez-vous nous résumer rapidement de votre opposition en tant que parti au projet du troisième lien ?

Ben je te dirais que c’est un peu dans la même lignée et à propos de ça on est vraiment le seul parti qui s’y oppose totalement. Sinon chez les autres c’est avec « conditions » comme si on devait marchander et donc accepter ce projet-là.

On sait à quel point on peut aménager notre territoire de façon plus durable, de façon plus saine, de façon plus sécuritaire pour les utilisateur.trice.s de transports actifs et de transports en commun, mais aussi plus sécuritaire pour l’intégrité environnementale des générations futures. Parce qu’on sait ce que ça implique, plus d’espace pour la voiture, ça veut dire, pas moins, mais, plus de trafic et plus d’effets négatifs sur l’environnement et notre qualité de vie.

Et assurément que moi, en tant que résidente de quartiers centraux, de Saint-Roch plus précisément, j’ai extrêmement peur pour l’intégrité de la vie de quartier. On a déjà assez payé à cause de l’autoroute Dufferin-Montmorency qui a rasé un quartier au grand complet à côté du nôtre. Donc, d’ouvrir la porte à ça c’est de se laisser faire, de donner notre territoire, encore une fois, pour le confort des automobilistes.

Moi j’en connais aucune autre grande ville dans le monde ou c’est pas possible de se rendre à l’aéroport en transport en commun, donc c’est aussi d’entrer dans l’air du temps. Un moment donné le char y’en prend assez de place. Donc, pour nous c’est inconcevable de laisser aller la sécurité et la santé des résident.e.s des quartiers centraux déjà précarisées.

On peut voir dans plusieurs quartiers de Québec comme Saint-Roch et Saint-Sauveur les effets d’une gentrification qui s’accélère, est-ce que votre parti à un plan pour contrer l’embourgeoisement ces quartiers de la ville ?

J’aime bien dire qu’on a un plan ambitieux, qu’on résume avec le slogan 20/20/20. Donc, 20% de logements sociaux, 20% de logements abordables, 20% de logements familiaux dans tous les nouveaux développements de cinq logements et plus.

Il faut aussi dire que la première étape dans cette lutte contre la gentrification c’est qu’il faut la reconnaitre. La gentrification à Québec c’est pas quelque chose qui est vraiment nommé, c’est quelque chose qu’on veut pas avouer qui existe.

On nous dit, « Non, c’est du développement économique » ou de la « vitalité », parce que ça sonne bien, mais qu’est-ce qu’on vitalise quand on pousse de gens hors de leur quartier parce qu’iels n’ont plus les moyens d’y vivre ?

Les quartiers centraux ont déjà leur vie de quartier, leur mixité et leurs résident.e.s (et il faut rappeler que c’est pas parce que t’as pas d’adresse que tu n’est pas résident.e d’un endroit non plus). Il y a déjà des citoyen.ne.s investi.e.s dans ces espaces, et il y a une sorte de vision unilatérale qui essaye de changer les habitudes de ces gens-là qui y habitent sans les consulter et qui cherche à déplacer des populations qui sont déjà très vulnérables sans leur offrir d’alternative, et par-dessus le marché on dit que ça n’existe pas.

T’sais quand je vois des parcs qui sont en train de se faire construire et autour des tables de consultation il y a juste des résident.e.s et des propriétaires de commerces, pas de travailleuses du sexe, de personnes immigrantes ou issues des minorités, ou de gens en situation d’itinérance qui, elleux, sont déjà investi.e.s dans ces espaces-là, et qu’iels n’ont pas leur mot à dire, je trouve ça déplorable et à Transition Québec c’est une des choses qu’on cherche à faire, donner une voix à tou.te.s pour faire en sorte que le commun nous appartienne à tou.te.s.

L’administration Plante de Montréal nous a démontré à plusieurs reprises qu’une administration municipale progressiste n’est pas à l’abri de poser des actions qui vont contre ses principes lors de certaines situations,l’expulsion forcée de deux campements de sans-abris par le SPVM en témoigne).

Si vous êtes élu.e.s, comment comptez-vous vous y prendre pour éviter ce genre de situations ?

C’est vraiment une bonne question. Moi j’y pense à tous les jours, « quand je vais être élue, est-ce que je vais être la SEULE conseillère de Transition Québec dans une marée de tel autre parti », ou est-ce qu’on peut penser qu’on va être majoritaire avec Jackie comme mairesse ?

C’est sûr que dans une administration comme ça, il faut discuter et on n’est pas à l’abri de devoir faire certains compromis, mais est-ce qu’on est prêt à aller à l’encontre et de ce pour quoi on est là ? Assurément pas. On ne voudrait pas affecter l’intégrité physique d’humain.e.s et de résident.e.s de notre secteur.

Je ne saurais pas te dire très concrètement comment faire ça, mais je pense que l’éducation et les changements de mentalités vont être au cœur de nos actions. En tout cas pour moi c’est quelque chose qui est très important en tant qu’élue. Quand t’as un micro, quand tu as la possibilité de t’adresser aux gens c’est un peu ton devoir de faire changer les mentalités et d’éduquer.

Donc j’espère que toute cette démarche-là, plus loin que l’élection, va pouvoir donner espoir et peut-être mobiliser un autre type de politicien.ne.s, une autre façon de concevoir la politique et d’investir l’État qui va ultimement mener à des changements positifs dans notre façon de gouverner.

Plusieurs citoyen.ne.s issu.e.s des minorités visibles de la ville se sont plaint.e.s de profilage racial de la part du SPVQ, comment avez-vous l’intention d’approcher ce problème et considérez-vous une réforme du financement du SPVQ ?

C’est sûr que la première des choses ça serait de reconnaitre le problème. Je pense que c’est une évidence qu’il y a beaucoup de choses à faire du côté du SPVQ.

Nous ce qu’on propose c’est une réforme des services policiers. On pense qu’effectivement, il y a des changements à apporter puis, encore une fois, quand tu as un micro et quand tu es une personne avec une certaine notoriété c’est important de nommer ces choses-là, de donner une visibilité aux personnes qui subissent des violences systémiques et de les impliquer dans la discussion par rapport à comment se sortir de ça.

Nous on aimerait parler, par exemple, d’escouades communautaires qui pourrait vraiment être à part du service de police.

On parle aussi diminuer, même réduire, même enlever la possession d’armes qui ferait en sorte d’avoir un rapport plus humain avec les personnes qui pourrait subir ce type d’interventions là.

Moi je me sens toujours un peu mal placée pour prendre position sur tout ce qui entoure racisme systémique parce que ce n’est pas une réalité que je vis, donc je pense que l’important ce de donner l’espace nécessaire pour avoir ces discussions, de reconnaitre, de mettre cartes sur table, demander des études, écouter ce que les gens ont à dire, et à partir de là, de ces résultats clairs et concrets, comment on fait une réforme des services policiers parce qu’on est rendu là.

Vous dites sur votre site que « Dans une perspective décoloniale, nous devons chercher à établir une relation d’égal à égal avec les Premières Nations, notamment avec la nation huronne-wendat de Wendake, enclavée au sein de la capitale. »

Concrètement, en termes d’action, qu’est-ce que ça implique ?

On a plusieurs propositions qui vont dans le sens d’entreprendre des démarches de réconciliation avec les peuples autochtones.

Pour nous c’est primordial et c’est pour ça que c’est dans notre programme et c’est nommé avec plusieurs actions et points de départ de discussions. On veut tenir des consultations significatives, on veut établir des relations respectueuses, obtenir des consentements libres et éclairés qui font en sorte que les peuples autochtones ne sont pas impactés par des projets sans avoir été consultés, sans avoir leur mot à dire.

Encore une fois, moi je me sens tout le temps un peu « syndrome de l’imposteur » de devoir dire il faut faire ça ou ça. Moi ce que je veux c’est qu’il y a une représentativité au conseil municipal, qu’iels fassent partie de la discussion avec nous et qu’iels soient écouté.e.s de la façon la plus respectueuse possible, qu’iels ne soient pas tassé.e.s ou oublié.e.s.

Parce que c’est un peu ça la perspective décoloniale, c’est de dire que notre vision de faire les choses n’est la vision qui doit nécessairement prédominer. C’est un échange constant.

Il faut aussi être en discussion pour avoir des gestes réparateurs par rapport à ce qui a été fait dans le passé, et encore là, qui suis-je pour dire quels devraient être les gestes réparateurs en question.

On est pas juste ouvert à leur jaser, on pense que leur apport est nécessaire. C’est pas « ah oui on est ouvert à leur jaser » c’est « on a besoin de vous pour créer la Ville de Québec du futur ».

La quasi-destruction de l’Église Saint-Sacrement nous l’a montré, plusieurs bâtiments faisant partie de notre patrimoine sont en danger d’acquisition par des promoteurs voulant les raser.

Comment comptez-vous remédier à ce problème et considérez-vous la rénovation de certains bâtiments historiques ainsi que l’inscription de nouveaux bâtiments comme appartenant au patrimoine dans le cadre de votre plan pour le patrimoine ?

C’est sûr que tout ce qui est revitalisation et entretien du patrimoine c’est de compétence provinciale, mais, un peu dans la lignée du municipalisme, on a une volonté de faire des moratoires, de tenir des séances de consultations citoyennes et d’unir la voix du conseil municipal pour faire pression, pour proposer des changements, pour amener des projets avec des visions concrètes qui sont représentatives des besoins et des demandes de la communauté.

C’est un peu comme dans le livre d’Yves-Marie Abraham, qui dit qu’avant on avait l’Église comme point de rassemblement, après c’est devenu les centres commerciaux et nous on considère que la suite de ça ce sont les communs. Donc, c’est sûr que dans cette lignée-là ces lieux patrimoniaux on les voit comme des espaces à revitaliser qui pourraient devenir des communs et des espaces qu’on peut investir en tant que communauté.

Pour moi et pour Transition Québec, c’est ça la démocratie, c’est de se rappeler de son histoire, de la mettre en valeur en la transformant en des lieux ou les choses se passent parce que ça à tellement d’impact sur nos communautés.

Nos villes sont déjà faites comme ça ! La rue principale avec l’Église, le presbytère, le centre communautaire, on est déjà dans un espace qui favorise la vie commune, pourquoi vouloir changer ce qui fait notre culture, notre identité, notre patrimoine et ce qu’on est en tant que société. On les a déjà ces institutions-là, aussi bien les investir et faire en sorte que ça nous appartienne, que ça ne devienne pas encore du privé et qu’on perde ce rapport-là avec le patrimoine.

Donc, je pense qu’en finissant on a un programme dont on est très très fièr.e.s, et je pense qu’on est aussi un des seuls partis qui à un programme qui a été approuvé par les membres, que les membres on put discuter et amender. On est le seul parti, à ma connaissance, qui a eu cette discussion démocratique aux niveaux de nos orientations, ce dont on est aussi très fièr.e.s.